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The Salon

Le devenir-nègre du monde

The cover of Achille Mbembe's forthcoming book
The cover of Achille Mbembe's forthcoming book
Achille Mbembe

(University of the Witwatersrand)

Achille Mbembe's forthcoming book, Critique de la raison negre, will be published by Editions La Decouverte in Paris on October 3, 2013. The following is an excerpt of the introduction.

L'on aurait voulu écrire ce livre à la manière d'un fleuve aux multiples affluents, alors même que l'histoire et les choses se tournent vers nous, et que l'Europe ne constitue plus le centre de gravité du monde. Tel est en effet l'événement ou, en tout cas, l'expérience fondamentale de notre âge. Et, s'agissant d'en mesurer toutes les implications et d'en tirer toutes les conséquences, nous n'en sommes justement qu'au début.[1] Pour le reste, que cette révélation nous soit donnée dans la joie, qu'elle suscite l'étonnement ou qu'elle nous plonge plutôt dans l'ennui, une chose est certaine : ce déclassement ouvre de nouvelles possibilités - mais est aussi porteur de dangers - pour la pensée critique, et c'est en partie ce que s'efforce d'examiner cet essai.

Pour saisir l'exacte portée de ces dangers et de ces possibilités, point n'est besoin de rappeler que, d'un bout à l'autre de son histoire, la pensée européenne a eu tendance à saisir l'identité non pas tant en termes d'appartenance mutuelle (co-appartenance) à un même monde qu'en termes de relation du même au même, de surgissement de l'être et de sa manifestation dans son être d'abord, ou encore dans son propre miroir.[2] Il importe en revanche de comprendre que, conséquence directe de cette logique de l'autofiction, de l'autocontemplation, voire de la clôture, le Nègre et la race n'ont jamais fait qu'un dans l'imaginaire des sociétés européennes.[3] Désignations primaires, lourdes, encombrantes et détraquées, symboles de l'intensité crue et de la répulsion, leur apparition dans le savoir et le discours moderne sur l'« homme » (et par conséquent sur l'« humanisme » et sur l'« humanité ») a été sinon simultanée, du moins parallèle ; et depuis le début du XVIIIe siècle, ils ont constitué, ensemble, le sous-sol (inavoué et souvent nié) ou encore le complexe nucléaire à partir duquel le projet moderne de connaissance - mais aussi de gouvernement - s'est déployé.[4] L'un et l'autre, ils représentent deux figures jumelles du délire qu'aura produit la modernité (chapitres 1 et 2).

À quoi tient-il donc, ce délire, et quelles en sont les manifestations les plus élémentaires ? D'abord au fait que le Nègre, c'est celui-là (ou encore cela) que l'on voit quand on ne voit rien, quand on ne comprend rien et, surtout, quand on ne veut rien comprendre. Partout où il apparaît, le Nègre libère des dynamiques passionnelles et provoque une exubérance irrationnelle qui, toujours, met à l'épreuve le système même de la raison. Ensuite au fait que personne - ni ceux qui l'ont inventé, ni ceux qui ont été affublés de ce nom - ne souhaiterait être un Nègre ou, dans la pratique, être traité comme tel. Du reste, comme le précisait Gilles Deleuze, « il y a toujours un Nègre, un Juif, un Chinois, un Grand Mogol, un Aryen dans le délire » puisque ce que brasse le délire, ce sont, entre autres, les races  [5] En réduisant le corps et l'être vivant à une affaire d'apparence, de peau et de couleur, en octroyant à la peau et à la couleur le statut d'une fiction d'assise biologique, les mondes euro-américains en particulier auront fait du Nègre et de la race deux versants d'une seule et même figure, celle de la folie codifiée.[6] Opérant à la fois comme une catégorie originaire, matérielle et fantasmatique, la race aura été, au cours des siècles précédents, à l'origine de maintes catastrophes, la cause de dévastations psychiques inouïes et d'innombrables crimes et massacres.[7]

Vertigineux assemblage

Trois moments auront marqué la biographie de ce vertigineux assemblage. Le premier est celui du dépouillement organisé lorsqu'à la faveur de la traite atlantique (XVe-XIXe siècles), des hommes et femmes originaires d'Afrique sont transformés en hommes-objets, hommes-marchandises et hommes-monnaies.[8] Emprisonnés dans le cachot des apparences, ils appartiennent désormais à d'autres disposés hostilement à leur égard, en conséquence de quoi ils n'ont plus ni nom ni langue propre. Si leur vie et leur travail sont désormais ceux des autres avec lesquels ils sont condamnés à vivre, mais avec lesquels il leur est interdit d'entretenir des relations de co-humains, ils n'en demeurent pas moins des sujets agissants.[9] Le deuxième moment correspond à la naissance à l'écriture et commence vers la fin du XVIIIe siècle quand, de par leurs propres traces, les Nègres, ces êtres-pris-par les autres, peuvent désormais articuler un langage à eux tout en revendiquant le statut de sujet à part entière du monde vivant.[10] Ponctué par d'innombrables révoltes d'esclaves et l'indépendance d'Haïti en 1804, les combats pour l'abolition de la traite, les décolonisations africaines et les luttes pour les droits civiques aux États-Unis, ce moment trouve son accomplissement dans le démantèlement de l'apartheid au cours des dernières années du XXe siècle. Le troisième moment (le début du XXIe siècle) est celui de la planétarisation des marchés, de la privatisation du monde sous l'égide du néolibéralisme et de l'intrication croissante de l'économie financière, du complexe militaire post-impérial et des technologies électroniques et digitales.

Par néolibéralisme, il faut entendre une phase de l'histoire de l'humanité dominée par les industries du silicium et les technologies numériques. Le néolibéralisme est l'âge au cours duquel le temps court est en passe d'être converti en force procréative de la forme-argent. Le capital ayant atteint son point de fuite maximal, un mouvement d'escalade est enclenché. Il repose sur la vision selon laquelle « tous les événements et toutes les situations du monde de la vie [peuvent] être dotées d'une valeur sur le marché[11]». Ce mouvement se caractérise aussi par la production de l'indifférence, le codage forcené de la vie sociale en normes, en catégories et en chiffres, ainsi que par diverses opérations d'abstraction qui prétendent rationaliser le monde sur la base des logiques de l'entreprise  [12] Hanté par un double funeste, le capital notamment financier se définit désormais comme illimité aussi bien du point de vue de ses fins que du point de vue de ses moyens  [13] Il ne dicte plus seulement son propre régime du temps. Ayant repris à son compte « la fabrication de toutes les relations de filiation », il cherche à se multiplier « par lui-même » dans une série infinie de dettes structurellement insolvables.[14]

Il n'y a plus de travailleurs en tant que tels. Il n'y a plus que des nomades du travail. Si, hier, le drame du sujet était d'être exploité par le capital, aujourd'hui, la tragédie pour la multitude est de ne plus pouvoir être exploité du tout, de faire l'objet de relégation dans une « humanité superflue », livrée à l'abandon, et dont le capital n'a guère besoin pour son fonctionnement. Une forme inédite de la vie psychique adossée à la mémoire artificielle et numérique et à des modèles cognitifs relevant des neurosciences et de la neuroéconomie se fait jour. Automatismes psychiques et automatismes technologiques ne formant plus qu'un seul et même faisceau, la fiction d'un sujet humain nouveau, « entrepreneur de soi-même », plastique, et sommé de se reconfigurer en permanence en fonction des artefacts qu'offre l'époque, s'installe.[15]

Ce nouvel homme, sujet du marché et de la dette, se prend pour un pur produit du hasard naturel. Cette sorte de « forme abstraite toute prête » (Hegel), capable de s'habiller de tous les contenus, est typique de la civilisation de l'image et des nouveaux rapports que celle-ci établit entre les faits et les fictions.[16] Animal parmi d'autres, il n'aurait aucune essence propre à protéger ou à sauvegarder. Il n'y aurait, a priori, aucune limite à la modification de sa structure biologique et génétique.[17] Il se distingue du sujet tragique et aliéné de la première industrialisation sur bien des aspects. D'abord, il est un individu emprisonné dans son désir. Pour sa jouissance, il dépend presqu'entièrement de sa capacité à reconstruire publiquement sa vie intime et à l'offrir sur un marché comme marchandise échangeable. Sujet neuro-économique absorbé par le double souci exclusif de son animalité (la reproduction biologique de sa vie) et de sa choséité (la jouissance des biens de ce monde), cet homme-chose, homme-machine, homme-code et homme-flux cherche avant tout à réguler sa conduite en fonction des normes du marché, n'hésitant guère à s'auto-instrumentaliser et à instrumentaliser autrui pour optimaliser ses parts de jouissance. Condamné à l'apprentissage à vie, à la flexibilité, au règne du court terme, il doit embrasser sa condition de sujet soluble et fongible afin de répondre à l'injonction qui lui est constamment faite - devenir un autre.

Davantage encore, le néolibéralisme représente l'âge au cours duquel capitalisme et animisme, longtemps difficilement tenus à l'écart l'un de l'autre, tendent finalement à ne plus faire qu'un. Le cycle du capital allant désormais de l'image à l'image, l'image est devenue un facteur d'accélération des énergies pulsionnelles. De la fusion potentielle du capitalisme et de l'animisme résulte un certain nombre de conséquences déterminantes pour notre entendement futur de la race et du racisme. D'abord les risques systémiques auxquels seuls les esclaves nègres furent exposés au moment du premier capitalisme constituent désormais sinon la norme, du moins le lot de toutes les humanités subalternes. Ensuite, cette universalisation tendancielle de la condition nègre va de pair avec l'apparition de pratiques impériales inédites. Celles-ci empruntent tant aux logiques esclavagistes de capture et de prédation qu'aux logiques coloniales d'occupation et d'extraction, voire des guerres civiles ou de razzias des époques antérieures.[18] Les guerres d'occupation et les guerres contre-insurrectionnelles visent non seulement à traquer et à liquider l'ennemi, mais aussi à opérer une partition du temps et une atomisation de l'espace. Une partie du travail consistant désormais à transformer le réel en fiction et la fiction en réel, la mobilisation militaire par les airs, la destruction des infrastructures, les coups et blessures s'accompagnent d'une mobilisation totale par les images.[19] Celles-ci font désormais partie des dispositifs d'une violence qui se voudrait pure.

Par ailleurs, capture, prédation, extraction et guerres asymétriques vont de pair avec la rebalkanisation du monde et l'intensification des pratiques de zonage - par quoi il faut comprendre une complicité inédite de l'économique et du biologique. En termes concrets, cette complicité se traduit par la militarisation des frontières, le morcèlement des territoires, leur partition et la création, à l'intérieur des États existants, d'espaces plus ou moins autonomes, parfois soustraits à toute forme de souveraineté nationale mais opérant sous la loi informelle d'une multitude d'autorités fragmentées et de pouvoirs armés privés, ou sous la tutelle d'entités internationales à prétexte ou à raison humanitaire ou, simplement, d'armées étrangères.[20] Ces pratiques de zonage vont généralement de pair avec un maillage transnational de la répression, le quadrillage idéologique des populations, la location de mercenaires affectés à la lutte contre les guérillas locales, la formation de « commandos de chasse », le recours systématique aux emprisonnements de masse, à la torture et aux exécutions extrajudiciaires.[21] Grace aux pratiques de zonage, un « impérialisme de la désorganisation » manufacture des désastres et multiplie à peu près partout les conditions d'exception tout en se nourrissant de l'anarchie.

À coup de contrats au titre de la reconstruction et sous prétexte de combattre l'insécurité et le désordre, firmes étrangères, grandes puissances et classes dominantes autochtones font main basse sur les richesses et gisements des pays ainsi vassalisés. Transferts massifs de fortunes en direction d'intérêts privés, dépossession d'une part grandissante des richesses que les luttes passées avaient arraché au capital, paiement indéfini de blocs de dettes, la violence du capital frappe désormais y compris l'Europe elle-même où une nouvelle classe d'hommes et de femmes structurellement endettés apparaît.[22]

Plus caractéristique encore de la fusion potentielle du capitalisme et de l'animisme est la possibilité, fort distincte, de transformation des êtres humains en choses animées, en données numériques et en codes. Pour la première fois dans l'histoire humaine, le nom Nègre ne renvoie plus seulement à la condition faite aux gens d'origine africaine à l'époque du premier capitalisme (déprédations de divers ordres, dépossession de tout pouvoir d'autodétermination et, surtout, du futur et du temps, ces deux matrices du possible). C'est cette fongibilité nouvelle, cette solubilité, son institutionnalisation en tant que nouvelle norme d'existence et sa généralisation à l'ensemble de la planète que nous appelons le devenir-nègre du monde.

La race au futur

Le Nègre et la race ayant été deux figures centrales (quoique niées) du discours euro-américain sur l'« homme », doit-on penser que le déclassement de l'Europe et sa relégation au rang d'une simple province du monde signera l'extinction du racisme ? Ou faut-il comprendre plutôt que, l'humanité devenue fongible, le racisme se recomposera dans les interstices mêmes d'un nouveau langage - ensablé, moléculaire et en fragments - sur l'« espèce » ? En posant la question en ces termes, l'on n'oublie point que ni le Nègre, ni la race n'ont jamais été figés (chapitre 1). Au contraire, ils ont toujours fait partie d'un enchaînement de choses elles-mêmes jamais finies. Par ailleurs, leur signification fondamentale a toujours été existentielle. Le nom Nègre en particulier flua, pendant longtemps, une extraordinaire énergie, tantôt chariot des instincts inférieurs et des puissances chaotiques et tantôt signe lumineux de la possibilité de rachat du monde et de la vie un jour de transfiguration (chapitres 2 et 5). C'est parce qu'en plus de désigner une réalité hétéroclite et multiple, fragmentée - des fragments de fragments toujours nouveaux -, ce nom signait une série d'expériences historiques déchirantes, la réalité d'une vie vacante ; la hantise, pour des millions de gens pris dans les rets de la domination de race, de voir fonctionner leurs corps et leurs pensées du dehors et d'avoir été transformés en spectateurs de quelque chose qui était et qui n'était pas leur propre existence [23] (chapitres 3 et 4).

Ce n'est pas tout. Produit d'une machine sociale et technique indissociable du capitalisme, de son émergence et de sa planétarisation, ce nom fut inventé pour signifier exclusion, abrutissement et avilissement, voire une limite toujours conjurée et abhorrée. Honni et profondément déshonoré, le Nègre est, dans l'ordre de la modernité, le seul de tous les humains dont la chair fut faite chose et l'esprit marchandise - la crypte vivante du capital. Mais - et telle est sa dualité manifeste - dans un retournement spectaculaire, il devint le symbole d'un désir conscient de vie, une force jaillissante, flottante et plastique, pleinement engagée dans l'acte de création et à même de vivre dans plusieurs temps et plusieurs histoires à la fois. Sa capacité d'ensorcèlement, voire d'hallucination, n'en fut que décuplée. En le Nègre, certains n'hésitèrent point à reconnaître le limon de la terre, la veine de la vie à travers laquelle le rêve d'une humanité réconciliée avec la nature, voire la totalité de l'existant, trouveraient de nouveau visage, voix et mouvement.[24]

Le crépuscule européen s'annonce alors même que le monde euro-américain n'est toujours pas arrivé à savoir cela même qu'il voulait savoir (ou voulait faire) du Nègre. En bien des pays sévit désormais un « racisme sans races ».[25] Afin de mieux pratiquer la discrimination tout en rendant celle-ci conceptuellement impensable, l'on mobilise la « culture » et la « religion » en lieu et place de la « biologie ». Tout en prétendant que l'universalisme républicain est aveugle à la race, l'on enferme les non-Blancs dans leurs origines supposées et on ne cesse de multiplier des catégories effectivement racialisées dont la plupart alimentent, au quotidien, l'islamophobie. Mais qui parmi nous peut douter que le moment est arrivé de finalement commencer-de-soi-même, et pendant que l'Europe se fourvoie, prise par le malaise de ne pas savoir où elle en est dans et avec le monde, de prendre base et de fonder quelque chose d'absolument neuf ? Pour ce faire, faudra-t-il alors oublier le Nègre ou, au contraire, lui garder sa puissance du faux, son caractère lumineux, fluide et cristallin - cet étrange sujet glissant, sériel et plastique, constamment masqué, fermement campé des deux côtés du miroir, le long d'une frontière qu'il ne cesse de longer ? Si, par ailleurs, au milieu de cette tourmente, le Nègre devait effectivement survivre à ceux qui l'ont inventé, et si, par un de ces retournements dont l'histoire a le secret, toute l'humanité subalterne devenait effectivement nègre, quels risques un tel devenir-nègre du monde porterait au regard de la promesse de liberté et d'égalité universelle dont le nom Nègre aura été le signe manifeste tout au long de la période moderne ? (chapitre 6).

Par ailleurs, de l'acharnement colonial à diviser, à classifier, à hiérarchiser et à différencier, il est resté quelque chose, des entailles, voire des lésions. Pis, une faille a été érigée, qui demeure. Est-il certain qu'aujourd'hui nous pouvons entretenir avec le Nègre des relations autres que celles qui lient le maître à son valet ? Lui-même ne persiste-t-il pas à ne se voir que par et dans la différence ? N'est-il pas convaincu d'être habité par un double, une entité étrangère qui l'empêche de parvenir au savoir de soi-même ? Ne vit-il pas son monde comme celui de la perte et de la scission, et n'entretient-il pas le rêve de retour à une identité avec soi-même déclinée sur le mode de l'essentialité pure et donc, souvent, du dissemblable ? À partir de quel moment le projet de soulèvement radical et d'autonomie au nom de la différence tourne-t-il en simple inversion mimétique de ce que l'on a passé son temps à couvrir de malédiction ?

Telles sont certaines des questions que se pose ce livre qui, n'étant ni une histoire des idées ni un exercice de sociologie historique, se sert néanmoins de l'histoire pour proposer un style de réflexion critique sur le monde de notre temps. En privilégiant une manière de réminiscence, mi-solaire et mi-lunaire, mi-diurne et mi-nocturne, l'on avait à l'idée une seule question - comment penser la différence et la vie, le semblable et le dissemblable, l'excédent et l'en-commun ? Cette interrogation, l'expérience nègre la résume bien, elle qui sait si bien tenir dans la conscience contemporaine la place d'une limite fuyante, d'une sorte de miroir mobile. Encore faudrait-il se demander pourquoi ce miroir mobile n'arrête pas de tourner sur lui-même. Qu'est-ce qui l'empêche d'aboutir ? Qu'est-ce qui explique cette relance infinie de scissions toujours plus stériles les unes que les autres ?

NOTES

[1] Dipesh CHAKRABARTY, Provincializing Europe. Postcolonial Thought and Historical Difference, Princeton University Press, Princeton, 2000 ; Jean COMAROFF et John L. COMAROFF, Theory from the South Or, How Euro-America Is Evolving Toward Africa, Paradigm Publishers, Londres, 2012, en particulier l'introduction ; Arjun APPADURAI, The Future as Cultural Fact. Essays on the Global Condition, Verso, Londres, 2013 ; et Kuan-Hsing CHEN, Asia as Method. Toward Deimperialization, Duke University Press, Durham, 2010 ; et Walter D. MIGNOLO, The Darker Side of Western Modernity. Global Futures, Decolonial Options, Duke University Press, Durham, 2011.

[2] Sur la complexité et les tensions inhérentes à ce geste, lire Srinivas ARAVAMUDAN, Enlightenment Orientalism. Revisiting the Rise of the Novel, University of Chicago Press, 2012.

[3] Voir François BERNIER, « Nouvelle division de la terre, par différentes espèces ou races d'hommes qui l'habitent », Journal des Sçavans, 24 avril 1684, p. 133-141; et Sue PEABODY et Tyler STOVALL, The Color of Liberty. Histories of Race in France, Duke University Press, Durham, 2003, p. 11-27. Voir également Charles W. MILLS, The Racial Contract, Cornell University Press, Ithaca, NY, 1977.

[4] William Max NELSON, « Making men : Enlightenment ideas of racial engineering », American Historical Review, vol. 115, n° 2, 2010, p. 1364-1394 ; James DELBOURGO, « The Newtonian slave body : racial Enlightenment in the Atlantic world », Atlantic Studies, vol. 9, n° 2, 2012, p. 185-207 ; et Nicholas HUDSON, « From nation to race : the origins of racial classification in eighteenth-century thought », Eighteenth-Century Studies, vol. 29, n° 3, 1996, p. 247-264.

[5] Gilles DELEUZE, Deux régimes de fous. Textes et entretiens, 1975-1995, Minuit, Paris, 2003, p. 25.

[6] Miriam ELIAV-FELDON, Benjamin ISAAC et Joseph ZIEGLER, The Origins of Racism in the West, Cambridge University Press, Cambridge, 2009.

[7] Frantz FANON, Peau noire, masques blancs, in Œuvres, La Découverte, Paris, 2011 [1952] ; William Bloke MODISANE, Blame Me on History, Dutton, New York, 1963.

[8] Walter JOHNSON, Soul by Soul. Life Inside the Antebellum Slave Market, Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1999 ; et Ian BAUCOM, Specters of the Atlantic. Finance Capital, Slavery, and the Philosophy of History, Duke University Press, Durham, 2005.

[9] Sur ces débats, voir John W. BLASSINGAME, The Slave Community. Plantation Life in the Antebellum South, Oxford University Press, New York, 1972 ; Eugene D. GENOVESE, Roll, Jordan, Roll. The World the Slaves Made, Pantheon Books, New York, 1974.

[10] Dorothy PORTER, Early Negro Writing, 1760-1837, Black Classic Press, Baltimore, 1995. Et surtout John ERNEST, Liberation Historiography. African American Writers and the Challenge of History, 1794-1861, University of North Carolina Press, Chapel Hill, 2004 et Stephen G. HALL, A Faithful Account of the Race. African American Historical Writing in Nineteenth-Century America, University of North Carolina Press, Chapel Hill, 2009. S'agissant des Antilles en particulier, voir Patrick CHAMOISEAU et Raphaël CONFIANT, Lettres créoles, tracées antillaises et continentales, 1635-1975, Hatier, Paris, 1991. Dans le monde africain d'expression anglaise, cette entrée s'effectue, comme à Haïti, au cours du XIXe siècle. Voir, par exemple, S.E.K. MQHAYI, Abantu Besizwe. Historical and Biographical Writings, 1902-1944, Wits University Press, Johannesburg, 2009. Elle a lieu un peu plus tard dans le monde francophone. À ce sujet, voir Alain RICARD, Naissance du roman africain : Félix Couchouro (1900-1968), Présence africaine, Paris, 1987.

[11] Joseph VOGL, Le Spectre du capital, Diaphanes, Paris, 2013, p. 152.

[12] Voir Béatrice HIBOU, La Bureaucratisation du monde à l'ère néolibérale, La Découverte, Paris, 2012.

[13] Voir Joseph VOGL, op. cit., p. 166 et suiv.

[14] Ibid., p. 183 et p. 170.

[15] Voir Roland GORI et Marie-José DEL VOLGO, Exilés de l'intime. La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, Paris, Denoël, 2008.

[16] Lire, de ce point de vue, Francesco Masci, L'ordre règne à Berlin, Éditions Allia, Paris, 2013.

[17] Voir Pierre DARDOT et Christian LAVAL, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale, La Découverte, Paris, 2009. Voir également Roland GORI, « Les dispositifs de réification de l'humain (entretien avec Philippe Schepens) », Semen. Revue de sémio-linguistique des textes et discours, n° 30, 2011, p. 57-70.

[18] Lire Françoise VERGES, L'Homme prédateur. Ce que nous enseigne l'esclavage sur notre temps, Albin Michel, Paris, 2011.

[19] Voir les travaux de Stephen GRAHAM, Cities Under Siege. The New Military Urbanism, Verso, Londres, 2010 ; Derek GREGORY, « From a view to a kill. Drones and late modern war", Theory, Culture & Society, vol. 28, no 7-8, 2011, pp. 188-215; Ben ANDERSON, "Facing the future enemy. US counterinsurgency doctrine and the pre-insurgent", Theory, Culture & Society, vol. 28, no 7, 2011, pp. 216-240; et Eyal WEIZMAN, Hollow Land. Israel's Architecture of Occupation, Verso, Londres, 2011.

[20] Alain BADIOU, « La Grèce, les nouvelles pratiques impériales et la ré-invention de la politique », Lignes, octobre 2012, p. 39-47. Voir également Achille MBEMBE, « Necropolitics », Public Culture, vol. 15, n° 1, 2003 ; Naomi KLEIN, La Stratégie du choc. La montée d'un capitalisme du désastre, Actes Sud, Arles, 2008 [2007] ; Adi OPHIR, Michal GIVONI, Sari HANAFI (dir.), The Power of Inclusive Exclusion. Anatomy of Israeli Rule in the Occupied Palestinian Territories, Zone Books, New York, 2009; et Eyal WEIZMAN, Hollow Land; op.cit.

[21] David H. UCKO, The New Counterinsurgency Era. Transforming the US Military for Modern Wars, Georgetown University Press, Washington, DC, 2009 ; Jeremy SCAHILL, Blackwater. The Rise of the World's Most Powerful Mercenary Army, Nation Book, New York, 2007 ; John A. NAGL, Learning to Eat Soup with a Knife. Counterinsurgency Lessons from Malaya and Vietnam, Chicago University Press, Chicago, 2009 ; Grégoire CHAMAYOU, Théorie du drone, La Fabrique, Paris, 2013.

[22] Maurizio LAZZARATO, La Fabrique de l'homme endetté, Amsterdam, Paris, 2011.

[23] Didier ANZIEU, Le Moi-Peau, Dunod, Paris, 1995, p. 31.

[24] Voir en particulier la poésie d'Aimé Césaire. Sur la thématique du limon, voir Édouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU, L'Intraitable Beauté du monde, Galaade, Paris, 2008.

[25] Éric FASSIN, Démocratie précaire, La Découverte, Paris, 2012. Puis, sous la direction de Didier FASSIN, Les nouvelles frontières de la société française, La Découverte, Paris, 2010.